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Un guide pratique des applications médicales du Cannabis et du THC |
Historique des applications médicales du cannabis et du THC |
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"[...] L’écossais Sir William Brooke O’Shaughnessy, médecin, scientifique et ingénieur, était le véritable pionnier en terme d’utilisation thérapeutique du cannabis en Europe occidentale – et en particulier de l’utilisation de ses composants psychotropes. En 1833, en tant qu’employé de la British Est India Company, il se rendit pour la première fois en Inde. Il avait alors trente-trois ans. Très rapidement, il s’intéressa au potentiel thérapeutique du cannabis et publia en 1839 une synthèse de ses expériences, qui fut accueillie avec beaucoup d’intérêt en Grande-Bretagne. D’abord, il rendit compte des différents emplois traditionnels et thérapeutiques de la plante en Inde et réalisa ensuite des études sur les animaux et sur l’homme afin de bien comprendre son action et de mieux évaluer ses effets secondaires. Suite à ses premiers résultats, il en vint à la conclusion, qu’en raison de la "parfaite innocuité de la résine de cannabis, une étude complète devrait être menée pour des cas cliniques où les qualités manifestes de la plante promettent un meilleur bénéfice thérapeutique".
C’est ainsi que des teintures de cannabis (extraits de résine de cannabis à solvant d’alcool éthylique), dosées entre 65 et 130 mg, furent prescrites à des patients atteints de rhumatismes, de tétanos, de la rage, de spasmes infantiles, du choléra et de delirium tremens. Sur trois cas traités pour des rhumatismes, deux furent « presque guéris en trois jours », bien que l’administration de ces doses élevées provoqua d’importants effets secondaires, tels que des paralysies totales et des comportements incontrôlables. Quant au troisième cas, aucune réaction au traitement n’avait pu être observée ; ce ne fut que bien plus tard que le patient avoua qu’il consommait régulièrement du cannabis - les premières indications sur le développement d’une tolérance. D’autres études menées avec des doses plus faibles conduisirent à des conclusions similaires : « Réduction de l’intensité des douleurs chez la plupart des patients, stimulation notoire de l’appétit chez tous, effets aphrodisiaques indubitables et sentiment de grand bonheur spirituel. Tous suivirent la même évolution, et aucun cas ne présenta des maux de tête ni des nausées en réponse au stimulus. » Les convulsions et spasmes induits par la rage ou par le tétanos furent contrôlés grâce à l’administration de cannabis à un dosage élevé. Dans le cas du tétanos, le cannabis permit d’agir positivement sur l’évolution de la maladie et fut administré à des doses de l’ordre de 650 mg pour les cas qualifiés comme « sans espoir ». O’Shaughnessy observa une décontraction des muscles ainsi qu’un arrêt de la « tendance convulsive ». De même, les observations faites sur les spasmes infantiles furent encourageantes. Quant au traitement du choléra, des résultats excellents furent obtenus, bien que plus souvent chez les européens que chez les indiens, consommateurs réguliers de bhang. O’Shaughnessy reconnut également les effets antiémétiques du cannabis. Grâce aux rapports publiés par cet illustre pionnier, l’utilisation du cannabis se développa en Europe et en Amérique où il se transforma rapidement en médicament largement reconnu. Nombreux furent alors les nouveaux médecins qui exposèrent leurs expériences. Le médecin britannique Clendinning rapporta en 1843 ses essais conduits sur plusieurs cas cliniques : « Je n’hésite pas à confirmer que la prescription de cannabis s’avère en général, et à l’exception de quelques cas notoires rares, avoir des effets très nets comme somnifère ou agent hypnotique pour provoquer l’endormissement ; comme antalgique (…) ; comme antispasmodique pour calmer la toux et les crampes ; comme neurostimulant pour faire disparaître la lassitude et l’anxiété, comme cardiotonique et stimulant de la bonne humeur. Tous ces effets ont été observés aussi bien en cas de troubles aigus ou chroniques, chez les jeunes comme chez les vieux, chez l’homme comme chez la femme. » Donavan décrit en 1845 l’efficacité du cannabis dans le traitement des douleurs névralgiques aigues dans les bras et les doigts, des inflammations des articulations du genoux, des névralgies faciales, des douleurs du nerf sciatique au niveau du bassin, du genou et jusqu’aux pieds. En outre, il observa des effets stimulateurs de l’appétit. La même année, Corrigan décrit plusieurs cas de chorée de Huntington (danse de Saint Guy) et de névralgies qui pouvait être traitées avec succès par une teinture de cannabis. A l’instar d’autres médecins, il nota une importante variabilité de l’efficacité du principe actif pouvant être attribuée, aujourd’hui, aux différentes concentrations en THC des plantes. Dans un seul cas, l’administration de 20 gouttes de cette teinture « a conduit à une perte passagère du tonus de la quasi-totalité des muscles, suivi d’endormissement, tandis que dans un autre cas, un patient ayant reçu pendant une semaine, trois fois par jour, à un dosage similaire, on a pu noter que le traitement avait été efficace sans observation d’effets secondaires ». D’autres médecins anglais, tels Churchill (1849), Christison (1851), Grigor (1852), Dobell (1863), Silver (1870), Brown (1883), Batho (1883), Fox (1897) et Birch (1889) rapportèrent également les propriétés antalgiques du cannabis dans le traitement de rhumatismes, de sciatiques, de migraines, de douleurs d’origine diverses, de crampes musculaires, de crises d’asthme, d’insomnies, de contractions utérines lors de l’accouchement mais aussi pour calmer les hémorragies utérines et l’écoulement menstruel (ménorragie) ainsi que pour traiter la dépendance aux opiacés et à l’hydrate de chloral. Selon Birch, le chanvre indien calmerait immédiatement « l’envie de chloral ou d’opium » et stimulerait l’appétit. [...]"
Histoire des applications médicales du cannabis (extrait de "CANNABIS en MEDICINE : Un guide pratique des applications médicales du cannabis et du THC" Dr Franjo Grotenhermen - © Editions Indica 2009). |